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Publié par le 14 Oct, 2016 | 0 commentaire

Au milieu de ma torpeur -5

Au milieu de ma torpeur -5

Suite témoignage A2T -5

Petit point jaune-orange au milieu de ma torpeur.

Au jour quatre de mon arrêt de travail, nous avons plié bagages et idées noires, pour nous rendre dans un chalet avec deux couples d’amis et leur progénitures tout en cheveux blonds, en énergie et en joie de vivre. Ce week-end était déjà prévu depuis novembre et même si l’idée m’est venue à l’esprit de tout annuler, j’y suis allée quand même.

Le chalet, ou devrais-je dire, le havre de paix, était littéralement jaune, situé au bord du lac, bourré de cachet et de bois vieilli; il m’est apparu comme le seul refuge où la peine ne me retrouverait pas!

Il faut bien dire qu’avec ces deux mères de famille, nous formions le trio le plus organisé, le plus  »grano » et le plus déliré qui soit.

Je ne sais pas si c’est le vin ou encore la cohésion un peu étrange de toutes nos limites en tant qu’être humain, mais ces femmes, A et C, ont été le remède parfait pour me faire sentir normale. Ces trois jours ont été d’une simplicité tellement efficace pour faire fondre momentanément l’iceberg de mon anxiété. Plein air, jeux, spa, rires, crampes de joues, repas trop riches, attentions mignonnes et affectueuses…autant d’ingrédients qu’on devrait mettre en capsule de guérison à prendre le matin au déjeuner!

***

Albert dans tout cela? Il se faisait le vaillant bienfaiteur de 5 petits bout de chou explosifs en overdose de nouveauté. Il les a occupé, amusé, cajolé, chicané (ou devrais-je dire ramener dans le droit chemin du partage et du chacun son tour). Cela nous permettant, aux femmes du refuge jaune-orange, de pouvoir reposer nos oreilles un peu irritées et de faire ce dont nous avions envie: aller marcher, jouer à un jeu de société, faire à manger, se couvrir de 3 pouces d’épais de crème aux sels, jouer au bingo; tout cela dans la bonne humeur, la joie de vivre et la zénitude. Un bijou d’accalmie, je vous le dit, un point bien lumineux qui se dessinait au milieu des nuages de ma torpeur.

Accepter l’aide et arrêter d’être orgueilleuse: Réel commencement.

J’ai eu beaucoup de misère durant mon processus de guérison à accepter pleinement l’aide qui m’était offerte. Au départ, je voyais cela comme une faiblesse ou une béquille, qui, une fois disparue, me ferait perdre l’équilibre.

Je devais voir mes accompagnateurs du quotidien comme des soutiens à mon rétablissement et non comme des entraves à mon bonheur présent et futur. Ceux-ci étant: mes médicaments (antidépresseurs et Ativan pour être de bonne humeur et bien dormir), mon ensure (à prendre une fois par jour pour me donner l’énergie de terminer la journée), mon ordinateur (fidèle compagnon d’écriture et de libération du trop plein) et ma musique classique.

On peux ajouter en période de très grand bien être une marche à l’extérieur (avec lunettes de soleil s’il vous plaît), deux à trois douches par jour, pour renouveler le bien-être ressenti le plus souvent possible et parfois, lorsque le cœur m’en disait, un peu d’amour conjugal.

À partir du moment où j’ai choisi de changer ma vision des choses, les nuages ont commencés à se faire moins noirs en permanence.

Cri du cœur

Le vrai changement s’est opéré un jeudi. Lorsque la continuité de toutes les semaines vont dérouler comme un feu roulant dans ma vie, ce sera une journée qui restera associée à mon désir de mettre le break à bras et faire un grand virage à 180 degrés. Je chérirai tous les jeudis de ma vie, comme étant spéciaux, j’en fait la promesse à…ben moi.

Ce jour-là, j’avais rendez-vous avec ma wonder-woman du havre de paix, ma super-femme remplie de belles attentions, C. Elle m’avait préparée un dîner super santé et était de la plus pure des bonne humeur. Lorsque je l’aie vu, j’ai senti le raz de marée des émotions m’envahir, me submerger et me faire plonger avec lui.

Je me suis lancée et j’ai dû parler un peu moins de vingt minutes au courant des trois heures qui suivirent. C savait exactement ce que je vivais et je la laissait parler pour moi, je pouvais sentir ma fragilité émotionnelle dans son discours et en même temps ma force de vivre, je pleurais et je laissais les larmes couler.

C’était libérateur de sentir, comme le vent ou la pluie, que quelqu’un m’avait comprise, savait au plus profond de la noirceur de mon cœur, ce que j’avais besoin, ce que je voulais, ce que mon cœur criait en silence. Mon cri a été entendu par la connexion miraculeuse de deux âmes, deux cœurs, deux super-femmes. Je n’oublierai jamais, JAMAIS, cette journée, (et je pleure parce que c’est beau) qui a permis au final que je retrouve LA Andrée-Anne qui avait encore de l’espoir pour sa personne.

***

Le changement s’est pointé sous une forme courageuse et pleine de conviction, une forme physique excellente, une symbolique d’une beauté non-conventionnelle: sans cheveux. Voyez-vous, chers lecteurs, pour moi, le changement devait d’abord être physique et visible pour l’univers entier afin que je puisse chasser les bibittes de mon intérieur à grand coup de pied et ainsi pouvoir faire la place au soleil rayonnant jaune-orange qui ne voulait qu’apparaître depuis le début.

J’ai décidé de me raser la tête, de faire disparaître le négativisme de ma vie par plusieurs coup du bon vieux clipper maison. C m’a suivie dans cette folie spontanée et s’est fait l’opératrice de l’objet libérateur en question: la tondeuse à tignasse. Lorsque je me suis vue, j’ai senti le renouveau, la non-conformité et la beauté rayonner d’un amour que je ne m’étais pas accordé depuis trop longtemps. Et dieu que s’était bon.

La disparition de mes cheveux a fait naître en moi un sentiment rare et inconnu jusque-là: un sentiment d’amour-propre.

Les autres…non merci!

À partir de ce jeudi réparateur, j’ai arrêté de me soucier de l’opinion des autres; vous savez, les voisins, les gens croisés sur le chemin, la parenté plus ou moins aimée, les dirigeants de mon monde, ces bibittes voraces qui autrefois détruisaient tout sur leur passage.

Je me suis vraiment choisi, à 100%, avec mes qualités et mes défauts, avec mes jours tristes et mes jours remplis de lumière: quel bien être, quel cadeau mes chers amis! Je me suis demandée, au moins une fois par jour, qu’est-ce que j’avais envie de faire, moi, petit coco sans cheveux…et les réponses ne tardaient pas à faire leur apparition, avec leurs grosses bottes, leur lunettes de soleil et leur fierté. Je suis donc sortie en plein hiver sur mon tout petit patio avec ma chaise berçante, ma tuque (parce qu’il fait froid pas de cheveux), mon Ipod (bourré de musique classique) et une grosse doudou, pour faire bronzer ce visage, qui avait tant besoin de la vitamine miracle du soleil.

Et c’est alors que fusèrent de toutes parts des commentaires à propos de mon coco rasé et de comment j’avais l’air bien, rayonnante, tout en sourire. Mon estime de moi avait pris une fusée et a fait au moins 100 fois le décollage de la planète de mon cœur pour s’envoler au plus haut dans l’espace.

Prendre sa part de responsabilités dans l’épuisement

Je ne suis pas tombée pour rien.

Je me suis étourdie dans le travail, dans mes obligations personnelles et familiales, dans l’attente de projets dont je n’étais pas prête à mesurer l’ampleur et j’ai laissé s’accumuler sur le perron de ma vie, trop de mauvaises expériences, de déceptions et de sentiments enfouis. À la longue, cette accumulation a rongé le frein sur lequel je savais encore appuyer avant d’être trop envahie par tout.

JE suis la seule et unique responsable de mon malheur, d’être tombé, d’avoir plongé trop profond dans un puit sans être capable d’en ressortir; parce que je cherchais davantage à m’étourdir et à continuer cette vie, qui ne me faisait plus envie, au lieu de m’arrêter et de me soigner.

J’accepte ma non-défaite, car je n’ai pas perdue à être humaine, non, j’ai gagné à accepter cette période de ma vie comme une escale dans l’une de mes nombreuses expédition sentimentale. J’ai pris le temps de me réparer, de voir à mes prochaines destinations, d’enlever de mes bagages ce qui m’encombrait et je me suis préparée à un nouveau décollage, aux commandes de l’appareil s’il vous plaît, avec une nouvelle moi, confiante et améliorée, reposée et différente.

***

Mais pour que vous compreniez un peu mieux, je dois vous parler de mon métier, de ma passion, de ce qui a fait en sorte, avec le recul, que je ne tombe et soit envahie par tout. Oui tout, un rendez-vous important, une rencontre avec des collègues, une semaine chargée, la famille, les milles et une choses du quotidien qui deviennent des montagnes aussi énormes que la plus insurmontable et gigantesque montagne de l’univers.

Je suis une éducatrice spécialisée. Je travaille avec des personnes qui sont atteintes d’une déficience intellectuelle, de problèmes de santé mentale ou des incapacités physiques. J’étais, dans une semaine normale de mon ancienne vie, appelée à travailler 35 heures (dans mon premier travail) dans un organisme communautaire, soit du mardi au samedi.

Mon second travail, quant à lui, consistait à être une aidante à domicile pour des personnes ayant une déficience intellectuelle et/ou physique, la fin de semaine, soit le vendredi soir, le samedi de soir et le dimanche; habituellement une bonne partie de la journée.

J’aime travailler pour faire reconnaître leur importance dans une société comme la nôtre; toujours pressée, en manque de temps, de savoir-vivre, de bon sens, de respect envers son prochain. J’aime leur accueil inconditionnel et leur émerveillement pour des choses simples. J’aime leur amour du moment présent et aussi leur excitation à l’approche d’un événement important. Je ne suis pas effrayée par leurs traits physiques différents, leurs caractères un peu (parfois énormément) explosifs et j’aimerais passer chaque jour, que j’ai à travailler, à leurs côtés.

Le problème, c’est que je n’étais pas capable, à ce moment-là de ma vie, de mettre une barrière émotionnelle suffisamment grande entre eux et moi. La limite est mince et parfois si complexe à définir que, même si tout cela à l’air d’être simple à faire: faire preuve d’empathie et non de sympathie, j’en était tout simplement incapable. J’essayais de voir une manière moins humaine de faire mon travail, mais donner des soins sans émotions, sans pouvoir faire des accolades et dire des mots réconfortants au passage (sans éprouver d’amour et de sentiments sincères pour eux), s’était comme tricher pour moi.

Prendre soin de tout le monde sauf de moi, voilà pourquoi j’en suis arrivée là. Voilà pourquoi je suis chez moi, aujourd’hui, en arrêt de travail, assise devant mon ordinateur à vous écrire les maux de mon cœur. Ça peux avoir l’air prétentieux vite comme ça d’avoir l’attitude de ne penser dorénavant qu’à soi, mais dans mon cas, c’est ce qui devait faire parti de mon quotidien à chaque jour, demain et pour le reste de ma vie.

Je devais me choisir, choisir un métier qui, à court terme, me permettrait de me réaliser, autant que celui d’aider les gens, mais dans lequel je pouvais me reposer mentalement. Je suis alors revenue à la base et suis allée travailler pour mon employeur du cégep, comme caissière dans une station-service. Ces quelques mois de pause m’ont permis de faire un grand ménage dans ma tête et de me recentrer sur ce que j’aimais le plus faire, aider.

Auteure: A2T
Crédit photo: A2T
……..À suivre la semaine prochaine……on s’approche du dénouement!

 

www.mordredanslavie.com

 

 

 

 

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