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Publié par le 22 Oct, 2016 | 0 commentaire

Un coup d’oeil sur le passé (suite A2T)

Un coup d’oeil sur le passé (suite A2T)

Vous avez l’avant dernier texte de ce témoignage que vous suivez depuis quelques semaines. Vous en vouliez plus alors on vous en a donné un peu plus long mais tellement intéressant…….Ne manquez surtout pas la fin heureuse la semaine prochaine……..

Il y a bien sûr une raison au pourquoi du comment; aider les gens ce n’est pas tout le monde qui peut faire ça, ce n’est pas tout le monde qui veut faire ça. On a besoin d’une fibre sensible et un peu spéciale, une fibre imperméabilisée à tout, une genre de cape.

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aidé mes parents. J’étais une enfant tranquille et très peu rebelle. J’aidais aux tâches de la maison et je me faisais un devoir de rendre mes parents fiers de moi. Si j’aborde aujourd’hui le sujet, c’est parce qu’il y a, bien sûr, une partie triste dans tout cela.

***

Lorsque l’on a un membre de la famille qui est malade, c’est comme si une partie de nous était malade aussi. Comme si on était privé d’un sens ou alors de l’usage de l’un de nos membres. Au début, ça fait mal, vraiment physiquement, on sent comme une boule dans le bas de notre ventre. Puis peu à peu, puisque la vie doit continuer, la famille se mobilise et établi un plan de rechange que j’appellerai plan de survie. On réparti les tâches, on voit à ce que personne ne manque de rien, à ce que personne ne soit trop souvent seul et sans qui parler. On joue à l’adulte, même si on est encore un adolescent, un enfant.

C’est ce qui s’est passé dans ma famille. Ma chère et si merveilleuse maman était malade. Elle souffrait du poids du stress, de l’inquiétude et des trop grosses montagnes que la vie lui apportait, elle faisait une dépression. Quand on est jeune et que le docteur de notre maman nous explique comment ça marche, on pleure et puis on ne comprend pas. On veut juste ravoir notre maman, qui fait des câlins, des bons repas et qui est toujours là quand on rentre de l’école. On voudrait lui donner des millions de bisous pour que sa tristesse s’en aille et qu’elle puisse revenir à la maison dormir avec nous

Le seul problème, c’est que l’on joue à être un adulte alors que l’on est encore un enfant. On apprend à aider notre père, à faire la vaisselle, à faire du lavage, à s’occuper de notre petite sœur, on aide. On essaie d’atténuer le poids de l’absence de notre maman en soulageant notre papa et en protégeant notre petite sœur de ce qui est en train d’arriver. On ne comprend pas tout le temps pourquoi on le fait, ni comment on doit le faire, mais on essaie du mieux qu’on peut. Et moi, je réussissais plutôt bien, sans vouloir me vanter.

J’étais capable de faire quelques repas, d’aider dans les tâches quotidiennes de la maisonnée et de m’occuper, contre son gré parfois, de ma toute petite sœur, tout en caractère et en vocabulaire. Ce n’était pas facile tous les jours, mais on y arrivait. On devait parfois se priver de diversité (on mangeait du macaroni), mais on a jamais manqué de rien, mon père y veillait mordicus.

Cette période de ma vie m’a fait prendre beaucoup de maturité rapidement et lorsqu’est arrivé mon choix de carrière au secondaire, j’ai choisi ce qui me semblait le plus facile, ce qui se faisait naturellement et sans trop de difficulté: aider mon prochain.

***

Là où je veux vous emmener avec ce pan de mon histoire familiale, c’est que j’ai découvert avec la thérapie que j’ai reproduit le même modèle d’aide avec mes clients que celui que j’avais appliqué lors du mode survie de ma famille.

Et personne n’aurait pu le voir venir, ni au courant de ma formation collégiale, ni durant mes années de travail auprès de la clientèle. Parce que ce n’est qu’après être tombée que je l’ait réalisé. Ce n’est qu’en me questionnant, auprès d’Hélène, sur mes attitudes professionnelles toxiques que j’ai compris…

L’objectivité ou accorder sa confiance

Plusieurs diront que j’ai eu de la chance. C’est vrai. Dans mon cheminement, j’ai eu la chance de tomber sur une professionnelle extraordinaire, à qui ma confiance a été facile à accorder. Son regard et son interprétation de mes maux était à un tel point juste et pile dedans mes bibittes que même moi, je ne les avait pas encore avoué à mon cœur. Lorsque pour la première fois, elle a mis le doigt sur le bobo et qu’elle a gratté un peu, j’ai su qu’elle aurait ma confiance tout au long de la thérapie. En fait, ce que j’ai réalisé avec elle, avec la relation d’aide que l’on a eu toutes les deux, c’est que je suis arrivé à un point dans ma vie où j’ai besoin de me détacher des mes anciens rôles d’aidantes pour pouvoir mieux avancer. De mieux mettre les barrières de mon cœur (en 2 par 4 orange fluo, avec des tiroirs refermables, afin de ne pas rapporter chez moi des dossiers professionnels.

Il est certain que son approche, douce et réconfortante, était la seule qui pouvait fonctionner avec moi. Si un thérapeute était arrivé avec ses grosses bottes, pas de lunettes de soleil, avec un air de tu dois guérir avec moi, je serais probablement monté aux barricades et j’aurais demandé à changer.

La grosse partie du travail, je sais que c’est moi qui l’ait faite. J’ai fait mes devoirs et continue encore de les faire (parce que ça sera un travail de tous les jours, pour le reste de mon existence). Je devrai être à l’écoute de mes besoins, chercher à analyser pourquoi ça ne va pas, demander de l’aide (si cela s’avère nécessaire), ventiler exposant mille pour éviter de voir apparaître trop souvent la boule qui gèle tout et m’aimer. Oui m’aimer. C’est un devoir personnel que d’être capable de se taper dans le dos, de se dire que l’on a bien agit, que l’on est belle aujourd’hui, que l’aide que l’on apporte est réparatrice. D’avoir confiance en soi devant les autres, c’est une chose, mais à son soi-même, dans l’intimité, s’en est une autre.

Merci, à celle qui saura se reconnaître, pour son ouverture d’esprit, son positivisme et ses encouragements continuels, peu importe les idées folles qui m’ont traversées l’esprit et qui se sont modifiées tout au long de mon parcours.

Jour 25: Défi prépare-toi, j’arrive!

Et je perds…

Au jour 25 de ma guérison, la bête noire a refait surface. Tout en poils, sortant les crocs, avec la crête bien hérissée et les muscles prêts à bondir.

Nous avions pris des billets pour un souper bénéfice de l’union des producteurs agricoles de notre région. Je devais me présenter à cette soirée, être à mon aise et essayer de passer du bon temps. Laissez-moi vous dire que la mission était très loin d’être gagnée d’avance.

En public, depuis mon arrêt de travail (que ce soit à l’épicerie, à la poste, n’importe où), les bruits étaient amplifiés, j’éprouvais de la difficulté à me concentrer, des nausées importantes et un sentiment d’étourdissement.

Le soir du jour 25, je suis arrivée à l’avance chez C, puisque nous avions décidé d’emprunter le même véhicule, et pauvre elle (!), j’ai dû changer au moins dix fois d’idées concernant ma tenue, me changeant littéralement avec ses vêtements en tentant de faire disparaître la bête noire en modifiant mon apparence (je sais, c’est ridicule aujourd’hui, mais je tentais vraiment de la chasser). Pourtant, j’avais au préalable choisi ma tenue avec l’aide de ma jeune sœur et j’en était plutôt satisfaite: je me trouvais féminine.

Puis le départ se fît, dans la bonne humeur générale, en formalité d’un conducteur désigné et sans aucunes barrières. Je révélai à C et A que c’était, avec elles, la première grande soirée, à laquelle j’assistais, depuis le grand effondrement de moi-même.

La foule fit sentir son poids sur mon tout petit cœur, dès mon entrée et jusqu’à ce que je retire mes vêtements, à mon retour à la maison, sur le tapis de l’entrée, à peine avais-je mit le pied à l’intérieur. J’avais envie, par moment, de me rouler en boule par terre au sol, de pleurer et de crier à tout le monde d’arrêter de parler aussi fort. Je voulais hurler à mon moi-même d’être heureuse, de rire, que la vie était belle.

Mais non, je ne pouvais pas, j’ai essayé pourtant de danser, de faire n’importe quoi, de participer aux conversations, mais je n’étais que l’ombre de moi, la spectatrice impuissante de la soirée qui se déroulait sous mes yeux. J’en voulais à la petite Andrée-Anne effrayée, crispée et vide. J’aurais voulue qu’elle saute, qu’elle danse à en avoir mal aux pieds, qu’elle boive des boissons qui font dire des extravagances, qu’elle soit sexy et provocatrice. Enfermée depuis des semaines, la Andrée-Anne qui voulait s’amuser, a annulée à la dernière minute et elle a laissée sa place à celle qui était encore en guérison.

Ma défaite n’était pas totale, je sais, puisque je suis restée jusqu’à la danse; mais j’ai combattu férocement cette anxiété, tout en ayant parfois le souffle coupé. En dedans de moi, j’avais l’impression de ne rien éprouver, d’être morte; et que jamais je n’allais guérir.

Jour 30: Go!

Après un mois passé à guérir et à vouloir améliorer les choses, j’ai eu un déclic.

 »Bon là, ça va faire! Si tu veux passer à d’autres choses, commence à y penser. Sans te stresser, sans voir tout comme une montagne insurmontable, sans paniquer. Repose-toi, mais fait des choses qui te font du bien. Essaie d’avoir des options, de voir large, de penser à qu’est-ce qui te ferais du bien, à qu’est-ce que tu voudrais pour le futur. »

Mon moi intérieur voulait commencer à faire du ménage. À éliminer le toxique à grands coups de pied, il voulait défaire ses vieilles valises et sortir le poids des années. Il voulait, tenez vous bien, se plaire. S’aimer, s’accorder de la valeur, se faire vivre des belles choses, devenir zen, avoir des nouvelles habitudes, sortir des sentiers battus, sans boussole, sans carte, se choisir.

Mon refuge: mi familia

Dans les pires moments de ma guérison, le seul réconfort qui m’aidait par dessus tout, c’était la famille; que ce soit pour apporter des petits plats, pour donner des conseils, pour partager des expériences de vie similaires, pour nous calmer un peu les nerfs.

Mes proches et ceux d’Albert se sont avérés d’un soutien et d’un réconfort grand comme la plus grande des étoiles de tout l’univers entier. Même si au départ je n’aurais jamais pensé pouvoir développer des affinités avec certains, j’ai reçu leurs mots comme un baume. Je les en remercie, chacun qu’ils soient pour leurs baisers d’amour et d’inquiétude, leurs bonnes nouvelles, leurs riches histoires, leurs confidences, leurs rires, leurs larmes, leurs repas préparés avec amour, leur soucis de partager de l’ordinaire, des moments cocasses, des colères aussi. Me sentir normale auprès d’eux, est la seule chose, qui m’a permis de me sentir dans une période temporaire de mon existence, de sentir que j’allais un jour guérir.

Ça serait vous mentir de vous dire que tout le monde a eu une réaction exemplaire. La réaction générale, la première de toute, c’était le malaise, le silence. On voulait changer de sujet; parce que les bobos dans la tête, c’est pas comme soigner une plaie ouverte qui saigne et qu’on doit désinfecter. On ne sait pas trop comment s’y prendre ou de quoi parler.

Les générations plus avancées de ma famille et de celle de mon Albert, étaient les réactions les plus cocasses. Ils avaient eu le déclic du pourquoi je ne travaillais pas, mais ils n’osaient pas en parler ou ne savaient pas trop de quoi il s’agissait. Moi, je trouvais ça adorable. Ça ne me blessait pas, ne provoquait pas de colère, je trouvais simplement leurs réactions toutes différentes et chacune m’apportaient un petit plus d’une autre couleur dans mes valises.

Il y en a eu certains qui se montraient plutôt méfiants, qui voulaient que je reste en pyjama et que j’écoute la télévision. Pour eux, une personne en dépression, sa devait être triste et calme. Ça ne devait pas avoir de projets, ni de trop grandes ambitions.

J’ai tout pris. J’ai beaucoup réfléchi.

Et dans ma tête, j’ai seulement gardé ce qui faisait mon affaire.

Garder le bon et embrasser le méchant pour lui dire au revoir

Pour moi, faire du ménage, ça voulait davantage dire faire la paix avec mes bibittes, laisser au passé ce qui lui appartient, saluer les étapes de ma vie qui m’ont rendues heureuse et oui, embrasser le méchant pour lui dire au revoir.

La première chose dont je me suis débarrassée, en le criant s’il vous plaît, c’est ma colère. Depuis le grand effondrement de mon moi-même, je ressentais tellement de colère, envers moi, envers cette résultante de mon trop plein, qu’est la dépression, mais aussi envers mon corps, qui ne voulait plus opérer.

[Opérer pour moi sa veut dire agir, se remuer, avancer, faire quelque chose. Mon corps était fatigué, lent; par moment, il ne voulait même plus collaborer: manque de concentration, insomnie, manque d’appétit].

Savez-vous ce que j’ai fais? Je me suis fait un pique-nique en milieu d’après-midi (au jour 31) et je suis allée à l’endroit où mon corps voulait se rendre. Je voulais voir la mer. [Ok, dans Charlevoix, c’est le fleuve, mais quand même, c’est de l’eau pareil]. Je voulais sentir le sel, l’odeur de la boue, voir le mouvement des glaces.

Et j’ai crié, oh oui, très fort même, mais un grand avantage en région, c’est qu’il n’y avait personne pour m’entendre et me juger. Si vous saviez le bien que cela m’a fait, je vais vous le dire! Je me sentais flotter. C’était comme si j’avais laissé un ami sur le banc près du fleuve et que je lui avait dit que je n’allais pas revenir le chercher à la noirceur.

Je suis retournée près du fleuve; la froideur du vent, le mouvement de l’eau et l’odeur de boue me ramenaient à l’essentiel de la nature, du moment présent. Mon vieil ami n’était plus là par contre, il devait avoir fondu au soleil ou il avait été emporté par le vent.

Je ne l’aie pas cherché.

La deuxième chose que j’ai faite, dans mon grand ménage du printemps intérieur, c’est de faire la paix avec ma décision de prendre une pause. J’avais besoin de faire une pause professionnellement, je devais me reposer, prendre le temps de me guérir et aussi de comprendre. J’avais besoin de m’ennuyer du côté routinier et envahissant qu’apporte un groupe de personnes souffrant de déficience intellectuelle. J’avais besoin de garder cette passion dans ma vie, mais pour l’instant, je ne voulait plus y penser, je voulais mettre ma tête en sourdine pour quelques mois.

Ce à quoi je tenais mordicus, c’était de garder mes clients à domicile, ceux qui faisait vraiment vibrer ma corde d’éducatrice, qui me procurait la reconnaissance dont j’avais besoin, qui me faisait me sentir comme l’aidante la plus géniale de l’univers entier. Avec eux, je pouvais exploiter toutes mes capacités et, curieusement, je n’avais pas de misère à mettre des limites claires entre eux et moi. Mon cerveau avait compris, depuis le début, qu’il fallait que je sois claire dans mes interventions, étant donné le côté intime qu’est le foyer familial.

Et lorsque je fis vraiment la paix avec ce choix, je commençai vraiment à me sentir bien au quotidien. À mieux dormir, à avoir envie de bien manger, à avoir besoin d’aller me ressourcer auprès de ma nouvelle amie, la vitamine grand Air.

J’ai réalisé au jour 32, que le seul obstacle à mon bien-être, c’était moi.

Bien sûr, je n’ai pas complètement défait mes valises pour tout mettre dans le lavage ou aux poubelles, j’ai conservé ce qui me semblait juste et qui pouvait encore me servir (rires).

Chères montagnes russes de mon coeur

Des montagnes russes. Voilà comment je me sentais. Je pouvais être plusieurs jours à bien dormir, à m’alimenter de façon régulière et saine, à être de bonne humeur et à bien me sentir. Puis tout à coup, le train de mon cœur faisait le grand plongeon vers le bas de sa montagne russe et là, il n’y avait plus rien qui fonctionnait. Je pleurais, je piquais des colères énormes pour des riens, je n’avais pas faim et j’aurais voulu aller vivre sur une île déserte loin de tout le monde. Laissez-moi vous dire que ce n’était pas de tout repos. Curieusement, je pouvais associer chacun de mes «up and down» avec les ajustements de ma médication anti-bobos et idées noires. Chère pharmacologie! Oh oui, ça aide à guérir. Mais ça apporte aussi son lot de ARK: nausées, étourdissements, perte d’appétit, prise de poids, inégalité dans les humeurs, insomnie et je pourrais continuer encore très longtemps. Dieu merci, ça m’a aidé à guérir. Parce que la plus grande partie du travail, ça demeure quand même moi qui l’ait faite.

À certains moments, j’avais l’énergie de tout affronter. Je pouvais passer des journées entières à bouger et à ne pas m’arrêter (comme lorsque j’ai refait ma décoration intérieure, de mon appartement je veux dire). Puis, quelques jours plus tard, je me sentais abattue et très faible. Comment deux sentiments aussi forts et autant ressentis pouvaient-ils cohabiter avec une telle cohésion dans mon cœur avec simplement quelques heures d’intervalle? Je ne le sait toujours pas.

Ce que je sais par contre, c’est que j’étais déterminée à changer, à amener du beau dans ma vie, à faire en sorte de retrouver mon beau gros soleil. Et le changement physique de ma personne, des lieux qui m’entouraient et du retour de l’été, sont sans aucun doute les éléments de bonheur qui m’ont rattachés au présent et qui ont fait en sorte que je voulais toujours continuer. Parce qu’avec tout ça, les idées noires m’avaient quittées, elles aussi (au revoir, sans regrets).

Les aléas de la dépression

Les conséquences de ma dépression sont uniques. Elles sont propres à mon état, à ma personne et à comment j’ai dû réagir face à celles-ci. Je poursuis donc dans l’optique du portrait complet afin de vous faire saisir son ensemble.

UN- Casse-tête premier (ou stresseur tel qu’appris en thérapie): L’argent.

Manquer d’argent. Faire faillite. Devoir renoncer à avoir des privilèges pendant un moment.

Toutes ces idées me sont tournées dans la tête pendant longtemps. La majeure partie de ma guérison, jusqu’à temps que je reçoive le chômage tant attendu. C’est long une journée, alors imaginez-vous 65 jours? Je me posais des questions: comment faire en sorte de ne pas en manquer? Où dois-je aller? Qui? Quoi? Comment? Au secours! À l’aide! C’était mon sujet panique, quand je commençais à y penser, je ressentais des serrements, je manquais d’air, j’avais l’impression que je me noyais. Même en l’écrivant, je le ressens encore… Je devais mettre sur mon Albert le poids de rapporter de l’eau au moulin, pendant un temps, avec un seul seau d’eau. Je ne peux pas vous dire à quel point il a toujours été important de faire ma part, de participer à l’implication financière de ma maisonnée, d’être indépendante. Depuis le début de l’histoire de notre couple, il en a toujours été ainsi et je pense que je vais être comme cela pour toute ma vie. Alors ne rien faire, voir les factures passer et les transférer tout de suite à mon conjoint, s’était difficile. Seulement la vue du papier dans la poste ou encore sur le comptoir, sa me rendait anxieuse. Imaginez!J’avais beau me dire que s’était temporaire, que je me rattraperais quand je recevrais de l’argent, mais rien n’y faisait. Rien! Il m’est même arrivé à quelques reprises de devoir me relever, alors que je venais tout juste d’aller m’allonger, pour respirer un bon coup et vider ma boule d’angoisse parce que sinon, sa me paralysait totalement. J’ai dû trouver une solution pour faire disparaître ma boule, et pour dormir tranquille la nuit: j’ai dû emprunter.

DEUX- Piquer des colères.

Quand mon raz-de-marée des émotions arrivait. C’était aussi pire qu’un ouragan. Tous aux abris! Je savais que j’exagérais, je savais que je parlais tout en dépassant ma pensée, je savais que ça ne durerait pas longtemps. Mais je devais quand même exploser! Je vomissais mon trop plein, je crachais du venin, je vociférais des paroles que seules les âmes les moins sensibles auraient pu accepter. Parfois je verbalisais partir et tout quitter. D’autres fois, je pouvais dire que j’en avait tellement marre que je voudrais être seule sur une île déserte ou encore dans une cabane au fond des bois. Et mon Albert écoutait tout. Parfois, il avait l’agilité d’un Ninja et il évitait les paroles qui passaient comme des flèches de chaque côté de sa tête. Quand je vous dis qu’il est une force tranquille: il me laissait tout dire, puis me demandait, quand j’avais terminé, si ça avait fait du bien, avec un de ces sourires à vous faire fondre l’intérieur, et là j’éclatais soit de rire ou soit de rage, mais au moins ça m’avait changé les idées.

TROIS- L’impuissance: comme dans…toi tu subis!

Un des sentiments qui avait provoquer ma grande colère (celle d’expulser sur le bord du fleuve au jour 31) était celui de me sentir impuissante dans ma souffrance. J’avais l’impression que mon corps était le maître des opérations alors que ma tête elle, s’était mise en pause. Je subissais les effets secondaires des médicaments, je subissais les grandes fatigues et je subissais l’apport des nouvelles limites.

Oui, avec le temps, j’ai réalisé que ça m’apportait beaucoup de bien, mais au début, j’en voulait à mon corps de m’emmener tous ces changements alors que je ne voulais rien savoir. Un mot qui m’a beaucoup aidé, toujours dans le cadre de ma thérapie, est: accueillir. Accueillir les moments de faiblesse, accueillir la détresse passagère, accueillir les mauvaises journées, les nouvelles limites et les manques. Parce que pour moi, manquer de concentration, s’était un manque. Pour moi, se sentir étourdie et épuisée, s’était un manque de force de mon corps. Un manque d’organisation, de coordination. Mon ancienne moi, wonder-woman organisée et structurée, me manquait, un peu.

QUATRE- Travail et réorientation

Par où commencer quand on est déjà tout mêlé à l’avance par la maladie? Comment savoir s’il faut aller à droite ou à gauche? S’il faut emprunter le sentier de la routine et de la sécurité? S’il faut marcher dans nos pas pour retrouver le sentier qui menait autrefois aux projets et au bonheur? Ma pause professionnelle s’est avérée réparatrice et tellement douce. Mon cœur voulait parler, voulait se laisser aller. J’avais envie de mettre ma petite voix intérieure sur un haut-parleur et de la laisser crier à l’univers entier qu’elle en avait marre d’être malheureuse. J’avais envie de me lever le matin pour faire une différence dans ma vie, pas dans celle des autres, dans la mienne. Je voulais retourner au travail, m’activer, faire partie de projets qui allaient me faire vibrer, me faire utiliser ma fibre créatrice, me faire sourire pour des riens. Je devais faire tout cela, en tenant compte de mes nouvelles limites. Cette partie-là était moins évidente, puisqu’elle était nouvelle. Et par nouvelle, j’entends récente, modifiée, et non pas à la hausse, mais bien à la baisse. Je comptais y parvenir, réussir à me créer du confort mental et à être bien tous les jours de ma nouvelle vie. Il fallait pour cela, que je mette le pied sur le frein et que j’accepte mes manques. Il a fallut y travailler longtemps, et par longtemps j’entends plusieurs mois, voire même une année.

CINQ- Repousser des projets importants et affronter un mur.

Bien sûr, il a fallu faire des sacrifices. Ceux-là n’étaient pas individuels par contre, ils impliquaient également mon Albert.Ils impliquaient des rêves et des projets jeunes de l’histoire de notre couple, ils faisaient mal à embrasser et à mettre de côté dans un tiroir du cerveau.

La dépression fut une épreuve très difficile pour l’unité de notre couple. Elle a demandé patience et écoute. Elle demandait une communication que nous n’avons jamais réussi à atteindre.

J’ai finalement réalisé, au bout de quelques mois (six), que je devais poursuivre ma route seule.

Parce que je me sentais seule. Parce que l’ambiance qui régnait dans mon chez-moi était lourde et pleine de non-dit que nous n’avons jamais été capables de mettre sur table. Albert et moi, on s’est comporté comme si rien n’avait changé et que tout devait continuer comme avant. Mais plus rien n’était pareil. L’amour avait changé, les yeux remplis de désir avaient disparus et la communication était loin d’être aussi intense qu’il l’aurait fallu. Sans outils et sans moyens concrets, on a pensé qu’on y arriveraient et que nos dix ans d’amour triompheraient sur ce monstre qu’est la maladie; mais la vérité, c’est que dès qu’Albert m’a vue les cheveux rasés, une lumière en lui s’est éteint. Oh, bien sûr il était heureux de voir réapparaître mon sourire et mon envie de poursuivre les tâches de la maisonnée, mais je n’aie pas su comment lui faire comprendre l’urgence que lui aussi consulte. ET avec son ignorance du problème, [son ignorance remplie de bonnes intentions] l’amour en moi est mort à petits feux, un peu plus au fur et à mesure que les jours et les mois passaient. Je ne pouvais changer l’irréversible, je ne pouvais pas faire revenir les sentiments qui partaient au galop.

J’ai choisi, ce qui me semblait, la meilleure décision pour nous deux. J’ai souffert. J’y ai pensé longtemps; parce que l’inconnu fait peur, parce que ce que l’on ne voit pas ou ne contrôle pas directement est parfois si ambigüe à définir que l’on ne le voit pas comme une menace. Moi, j’ai choisi la vie. Par contre, la souffrance est tellement grande que d’autres choisissent aussi des options irréversibles.

Ce qui m’amène à mon dernier conseil…

SEPT- Allez chercher de l’aide et demandez quand c’est nécessaire!!!

Après plusieurs semaines et plusieurs discussions avec des personnes de tous âges, je peux vous affirmer avec la plus grande certitude, que c’est la normalité qui m’a fait reprendre la route du bonheur. Me sentir dans une période temporaire de ma vie, en partageant de l’ordinaire, c’est là que se situe ma guérison. Le rasage de mes cheveux, le renouveau dans ma décoration intérieure (boucher mes trous, faire mon plâtre, peinture, re-décorer), l’expulsion de ma colère sur le bord du fleuve, les rencontres quotidiennes avec ma docteur et ma travailleuse sociale, les demandes faites à ma famille, etc. Ce sont toutes des actions concrètes, des gestes que j’ai posé afin de m’aider à mieux me sentir.

Pour moi, ce sont ces choix qui m’ont sauvés la vie, parce que j’avais choisi de changer. Parce que je devais faire quelque chose pour ne pas échouer, parce que la réussite que m’a procuré cette escale de ma vie, c’est à dire le retour à la santé, est une finalité beaucoup plus importante pour moi que n’importe quoi d’autre.

Auteure: A2T
Crédit photo: A2T
……..Voici l’avant-dernier texte de ce témoignage, semaine prochaine vous connaîtrez le dénouement, la fin heureuse de notre auteure.Ne manquez surtout pas la fin de cette histoire

www.mordredanslavie.com

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