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Publié par le 18 Oct, 2017 | 2 commentaires

La source

La source

Un super message qui explique ce que vivent les gens qui accompagnent leur conjoint, conjointe dans la maladie jusqu’au décès. Ce texte n’est pas pour plaindre les personnes qui accompagnent les malades, mais pour faire réaliser à ceux qui ne connaissent pas cette situation, que c’est difficile et que ces accompagnateurs ont besoin de soutien aussi. Tout peut changer une vie, et personne n’en est exempt.

Lisez attentivement le message que Lynda a à vous raconter, elle vous ouvre son cœur pour vous aider à surmonter les difficultés de la vie.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires ou partager avec nous ce que le message vous a apporté. 

La Source…

J’adore l’eau, j’ai l’impression qu’elle me parle, qu’elle me révèle plein de choses. Et encore plus les chutes! Elles me murmurent à l’oreille ce que je ne prends pas le temps d’écouter en d’autres occasions. Il y a quelques jours, je me suis retrouvée devant une magnifique chute dans le Bas St-Laurent. Est-ce son chant, le paysage, la lumière qui y régnait, quelque chose en moi m’a ramener vers certains moments de ma vie.

Nous avons tous des périodes plus ou moins faciles dans la vie, je n’y ai pas échappé moi non plus. Pendant 11 ans, j’ai accompagné mon conjoint dans sa maladie jusqu’à son décès. Tous les jours j’ai marché aux côtés de la mort, elle était omniprésente. Accompagner une personne aimée dans son déclin jusqu’à son départ change le cours d’une vie.

Ceux et celles qui ont vécu l’accompagnement d’une personne malade vont savoir de quoi je parle. Ceux qui ne l’ont pas fait, imaginent que ça se passe assez bien pour l’accompagnateur(trice). Ce qui est loin d’en être le cas. En plus de tout prendre en charge, cette personne doit faire comme si tout baigne dans l’huile. Et les gens autour se disent : «Eh, elle est forte cette personne pour faire ça!». Moi je vous dirai qu’à l’intérieur ça me disait : «J’ai peur, tellement peur!». Mais on n’a pas le droit de le dire, il nous faut penser au bien-être de l’autre. Et vous remarquerez quand l’accompagnateur(trice) rencontre d’autres gens, on lui demande des nouvelles de son conjoint(e) malade, rarement on lui demande comment il ou elle va.

Et le pire que j’ai entendu a été après le décès: «Ah toi, t’as fait ton deuil durant sa maladie!». Pas le droit d’être en deuil également. À ce sujet, je dirai que l’on ne peut pas faire le deuil d’une personne encore vivante. Ce que l’on fait durant la maladie, c’est le deuil de la personne, ce qu’elle était avant la maladie. Durant la maladie, on apprend à connaitre et à vivre avec une personne différente, car la maladie change bien des choses.

J’aurais, il me semble, mille et une choses à vous raconter à ce sujet. Mais devant la belle chute de ce samedi, je me suis rappelé la période qui a suivi le départ de mon conjoint. Même si le tout date de près de 10 ans maintenant, plein de choses me sont revenues en tête. La chute a ravivé plein d’émotions en moi qui se sont traduites par des mots que je n’avais pas encore mis sur papier jusqu’à présent. Mais n’ayez crainte, je vais bien maintenant. Chacun de nous vivons les choses différemment, à sa façon. Moi j’ai couru auprès de l’eau et des chutes pour guérir, cicatriser ce qui était à vif en moi après toutes ces années et le départ de mon conjoint.

Voici ce que la chute m’a insufflée en poésie. Mais si vous lisez bien entre les lignes, vous comprendrez ce qui s’est passé en moi durant cette période. Ce qui s’est passé fera toujours partie de moi, mais la force de vivre m’a mené à reconstruire mon univers pas à pas. Mon regard se tourne vers l’avant, et j’ouvre grand les bras pour accueillir tout ce qu’elle a de bon à m’offrir.

J’ai enterré la source de mon cœur pour m’empêcher de sombrer Pour éliminer la peur d’être abandonnée à la perte de l’être aimé Déambuler trop longtemps au côté de la mort m’a tant écorchée Que j’ai fermé ma porte pour ne plus rien ressentir, ne plus être brisée

Je suis devenue comme une automate et me suis mise à errer Évitant la beauté, ne voulant pas en être aveuglée Gardant loin derrière la source de ce que j’avais été Refoulant tout mon être, comme pour me punir, m’oublier.

Peu à peu j’ai dû faire face, à petites doses laisser le soleil entrer Sa chaleur m’effrayait, sans ma source, allais-je me brûler, Me creuser des plaies encore plus profondes, plus difficiles à cicatriser Évitant ainsi de me retrouver, de recoller tous mes morceaux cassés.

J’ai relevé mon bouclier pour retrouver ce qui m’animait, ce que j’avais mis de côté Implorant la source de mon cœur de ne point tarir pour me ramener à la réalité Que la vie est faite d’obstacles ou de pertes à affronter, sans lâcher pour évoluer Et que je ne suis pas la seule, personne n’en est épargné

J’ai donc fait une brèche à cette source que j’avais enterrée Pour qu’elle retrouve son lit, qu’elle me redonne ma liberté Ne plus étouffer ce qui m’habite, sans restrictions, sans ambiguïté Et m’accorder malgré les risques, d’aimer encore et d’être aimé…

Lynda Morin
Dada xx

Magnifique photo de: Lynda Morin

www.mordredanslavie.com

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2 Commentaires

  1. Ton art se joint à la nature pour nous livrer ton coeur. Merci Lynda de nous partager ces textes qui viennent nous bercer et nous faire le plus grand bien.

  2. Merci à toi Carole de publier mes textes. Parfois un mot, un son, une scène, un murmure déclenche en moi une urgence d’écriture. L’art permet d’exprimer parfois ce que la parole n’oserait faire. Merci!

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